Les radicaux libres oxygénés jouent un rôle important dans la carcinogenèse. Si l’effet antioxydant de certains
oligo-éléments et vitamines est démontré, leur effet protecteur dans la prévention des cancers cutanés n’est pas confirmé.
LA VIE AÉROBIE produit dans l’organisme des radicaux libres oxygénés ou espèces réactives de l’oxygène qui sont de puissants réactifs
tissulaires. Ils sont impliqués dans de nombreuses réactions biologiques et leur formation est normalement maîtrisée par des systèmes de contrôle adaptés.
Lorsque les radicaux sont produits en excès ou insuffisamment éliminés, l’équilibre est rompu et survient alors un « stress
oxydant».
Celui-ci, associé à de multiples facteurs : variabilité génétique, mode de vie, facteurs comportementaux, exposition aux ultraviolets
(UV), tabagisme..., est à l’origine de nombreuses pathologies en particulier les maladies liées au vieillissement. En effet, avec l’âge, les défenses antioxydantes diminuent et la production
mitochondriale de radicaux libres augmente.
Rayons ultraviolets et photo vieillissement. Le stress oxydant est fortement imp1iqué dans le photo vieillissement. L’exposition solaire induit, sous l’action des rayonnements ultraviolets, la formation de radicaux libres oxygénés et une réaction
inflammatoire cutanée. Les UV-A pénètrent dans le derme profond où ils provoquent des dommages directs à l’ADN et des effets indirects par oxydation de photosensibilisants endogènes
(phéomélanine, porphyrine, riboflavine...). Ils ont aussi des effets immunosuppresseurs. Les UV-B sont entièrement absorbés par l’épiderme et sont responsables des coups de soleil et de
l’inflammation. « Il faut savoir qu'une heure d'exposition au soleil, à midi, en été provoque 60 000 à 80 000 lésions de l’AD dans chaque cellule de la peau exposée », précise le Dr Thomas
Jouary. La peau possède un arsenal de défense grâce à des molécules antioxydantes (glutathion, vitamines, polyphénols...) et à un système enzymatique performant (GSH-peroxydase, catalase,
superoxyde-dismutase, hème oxygénase). Elle est aussi capable d’adaptation aux stress oxydatifs répétés. Cependant, ce système protecteur peut être dépassé avec manifestation d’effets
toxiques.
Les espèces réactives de l’oxygène induisent alors la nitration et surtout l’oxydation des protéines ainsi que la peroxydation des
lipides Il en résulte des lésions tissulaires, en particulier au niveau du derme : accumulation du tissu élastique dystrophique, dégénérescence du collagène, modifications des fibroblastes,
altérations de la microvascularisation. L’oxydation UV-induite de l’ADN est à l’origine de mutations des cellules cutanées. Des processus de protection cellulaire mettant en jeu des systèmes de
réparation de l’ADN et d’arrêt du cycle cellulaire interviennent pour limiter la mort cellulaire, mais ils peuvent être insuffisants. L’altération du génome cellulaire puis l’amplification et
l’expansion clonale des cellules altérées aboutit alors à la cancérogenèse cutanée.
Une des stratégies de lutte contre la formation excessive de radicaux libres oxygénés et de prévention des processus de cancérisation
est l’apport d’antioxydants exogènes.
Supplémentation et cancers cutanés. Les produits issus du règne végétal sont riches en composés antioxydants, en
particulier les fruits et les légumes : vitamine
E (tocophérol), bêta-carotène (précurseur de la vitamine A), vitamine
Q (ubiquinone), vitamine C (ascorbate)... et oligo-éléments: sélénium, cuivre, zinc, manganèse...
Certaines études d’observation ont montré le rôle protecteur de la consommation de fruits et de légumes. A l’inverse, de faibles
apports alimentaires et/ou un statut biologique précaire en oligoéléments et vitamines antioxydantes, sont associés à un risque augmenté de cancers. Cependant, les études d’intervention réalisées
pour établir un lien de causalité entre la prise d’antioxydants et la prévention des cancers ont donné des résultats contradictoires. En termes de
population humaine, il est difficile d’isoler un facteur alimentaire d’un ensemble de facteurs d’interaction. Les études appréciant le régime alimentaire chez des patients présentant des cancers
cutanés donnent des résultats variables: absence de relation, diminution ou augmentation de certains cancers. Dans ce dernier cas, il est possible mais a ce jour non démontré que les doses
données aient été excessives (en particulier pour le bêta-carotène), la difficulté étant de donner à chaque patient la dose qui lui est juste nécessaire.
Au total, pour le Dr Jouary, les antioxydants doivent être
utilisés avec précaution et leur supplémentation doit être considérée comme un traitement médicamenteux, c’est-à-dire que leur prescription doit être raisonnée et pondérée.
Quelques grandes lignes peuvent être retenues:
- Des précautions sont à prendre chez les patients ayant ou ayant eu une pathologie cancéreuse ;
- la supplérnentation est à considérer lorsque l’alimentation est déficiente ou en cas de carence avérée (vérifiée par des
explorations biologiques);
- les antioxydants ne doivent jamais être prescrits à doses supra physiologiques.
Enfin, les antioxydants ne sont pas recommandés dans une stratégie de prévention des cancers cutanés car leur efficacité n’a pas été
démontrée.
> Yvonne Evrard
D’après la session « Antioxydants et peau: bénéfices et risques dans la cancérologie cutanée et les cancers
métastatiques » présentée par les Drs Khaled Ezzedine et Thomas Jouary (Hôpital Saint -André, Bordeaux).
Le quotidien du médecin n° 8499 vendredi 30 janvier 2009